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05 Feb

La Liberté

Publié par Xavier Moreau  - Catégories :  #Cours

La Liberté

La Liberté

Le problème de la Liberté …

Cette notion est essentielle car elle procède de la qualité de l'homme en tant que sujet conscient qui cherche à se déterminer comme un être LIBRE. L’homme est-il réellement libre et, responsable et autonome de choisir, le maître de son existence, ou bien cette liberté n'est-elle finalement qu’une illusion de la pensée ? Cette question de la liberté se pose depuis le début de la philosophie - où l'homme - et le philosophe - cherche à comprendre les choses et les phénomènes du monde. L’homme est-il fait pour suivre les (ses propres) lois de la nature, ou bien est-il un être voué à vivre selon des (ses) lois civiles ?

En d’autres termes, est-il mu par une liberté naturelle (cf. Hobbes et Rousseau) ou procède-t-il d’un ordre et d’un état civil où il vit en société, dans un cadre politique qui lui permet de se réaliser en tant qu’homme ? N’est-il un être sociable qu’a posteriori, légitimant le fait d'obéir à une autorité (Hobbes ou Machiavel) ou peut-il espérer parvenir à se gouverner lui-même par une « volonté générale » et « un plan de la nature » (Rousseau et Kant) ? Comment enfin, l'Etat et la société peuvent-ils avoir autorité sur la liberté humaine ? Par la raison humaine, volonté, possibilité et responsabilité, le devoir moral et l’obéissance seraient réellement gage de liberté pour l’homme.

  • Une Définition
  • Liberté ou illusion,
  • Un fait ou un droit,
  • Une valeur, des enjeux
  • Un sujet de réflexion :
  • Etre libre, est-ce faire ce que l'on veut ?
  • Agir spontanément est-ce agir librement ?
  • Etre libre, est-ce ne rencontrer aucun obstacle ?
  • Naît-on libre ou le devient-on ?
  • La liberté est-elle absence de contraintes ?
  • La liberté est elle une illusion ?
  • Suffit-il de se sentir libre pour être effectivement libre?
  • L'imagination est elle le refuge de la liberté?
  • La conscience me fait-elle connaitre que je suis libre?
  • Les lois sont-elles un obstacle à notre liberté ?
  • Obéir est-ce aliéner sa liberté?
  • Peut-on vivre libre sans lois?
  • Le devoir supprime-t-il la liberté ?

« Une pierre reçoit d’une cause extérieure qui la pousse une certaine quantité de mouvement, par laquelle elle continuera nécessairement de se mouvoir après l’arrêt de l’impulsion externe. Cette permanence de la pierre dans son mouvement est une contrainte (...) parce qu’elle doit être définie par l’impulsion des causes externes; et ce qui est vrai de la pierre, l’est aussi de tout objet singulier, quelle qu’en soit la complexité, et quel que soit le nombre de ses possibilités : tout objet singulier, en effet, est nécessairement déterminé par quelque cause extérieure à exister et à agir selon une loi précise et déterminée.

Concevez maintenant (...) que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, sache et pense qu’elle fait tout l’effort possible pour continuer de se mouvoir. Cette pierre, assurément, puisqu’elle n’est consciente que de son effort (...) croira être libre et ne persévérer dans son mouvement que par la seule raison qu’elle le désire. Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent d’avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent. C’est ainsi qu’un enfant croit désirer librement le lait, et un jeune garçon vouloir se venger s’il est irrité, mais fuir s’il est craintif. Un ivrogne croit dire par une décision libre ce qu’ensuite il aurait voulu taire. De même un dément, un bavard et de nombreux cas de ce genre croient agir par une libre décision de leur esprit, et non pas portés par une impulsion. Et comme ce préjugé est inné en tous les hommes, ils ne s’en libèrent pas facilement. » Spinoza in Lettre à Schuller (1667).

  • I. Tout d’abord, Kant affirme « je dois, donc je peux » - que l'homme, en tant que sujet, est libre et responsable de ses actes. Il en va donc de sa responsabilité (cf. Idées d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique) :

« Qu’on prenne un acte volontaire, par exemple un mensonge pernicieux, par lequel un homme a introduit un certain désordre dans la société, dont on recherche d’abord les raisons déterminantes, qui lui ont donné naissance, pour juger ensuite comment il peut lui être imputé avec toutes ses conséquences. Sous le premier point de vue, on pénètre le caractère empirique de cet homme jusque dans ses sources que l’on recherche dans la mauvaise éducation, dans les mauvaises fréquentations, en partie aussi dans la méchanceté d’un naturel insensible à la honte (...), sans négliger les circonstances tout à fait occasionnelles qui ont pu influer. Dans tout cela, on procède comme on le fait, en général, dans la recherche de la série des causes déterminantes d’un effet naturel donné. Or, bien que l’on croie que l’action soit déterminée par là, on n’en blâme pas moins l’auteur, et cela, non pas à cause de son mauvais naturel, non pas à cause des circonstances qui ont influé sur lui, et non pas même à cause de sa conduite passée. (...) Ce blâme se fonde sur une loi de la raison où l’on regarde celle-ci comme une cause qui a pu et a dû déterminer autrement la conduite de l’homme, indépendamment de toutes les conditions empiriques nommées. (...) L’action est attribuée au caractère intelligible de l’auteur : il est entièrement coupable au moment où il ment; par conséquent, malgré toutes les conditions empiriques de l’action la raison était pleinement libre, et cet acte doit être attribué entièrement à sa négligence. » Kant in Critique de la raison pure (1787)

« La volonté est une sorte de causalité des êtres vivants, en tant qu'ils sont raisonnables, et la liberté serait la propriété qu'aurait cette causalité de pouvoir agir indépendamment de causes étrangères qui la déterminent; de même que la nécessité naturelle est la propriété qu'a la causalité de tous les êtres dépourvus de raison d'être déterminée à agir par l'influence de causes étrangères.

La définition qui vient d'être donnée de la liberté est négative, et par conséquent, pour en saisir l'essence, inféconde; mais il en découle un concept positif de la liberté, qui est d'autant plus riche et plus fécond. Comme le concept d'une causalité implique en lui celui de lois, d'après lesquelles quelque chose que nous nommons effet doit être posé par quelque autre chose qui est la cause, la liberté, bien qu'elle ne soit pas une propriété de la volonté se conformant à des lois de la nature, n'est pas cependant pour cela en dehors de toute loi; au contraire, elle doit être une causalité agissant selon des lois immuables, mais des lois d'une espèce particulière, car autrement une volonté libre serait un pur rien. La nécessité naturelle est, elle, une hétéronomie des causes efficientes; car tout effet n'est alors possible que suivant cette loi, que quelque chose d'autre détermine la cause efficiente de la causalité. En quoi donc peut bien consister la liberté de la volonté, sinon dans une autonomie, c'est-à-dire dans la propriété qu'elle a d'être à elle-même sa loi ? Or cette proposition : la volonté dans toutes les actions est à elle-même sa loi, n'est qu'une autre formule de ce principe: il ne faut agir que d'après une maxime qui puisse aussi se prendre elle-même pour objet à titre de loi universelle. Mais c'est précisément la formule de l'impératif catégorique et le principe de la moralité; une volonté libre et une volonté soumise à des lois morales sont par conséquent une seule et même chose. » Kant in Fondements de la métaphysique des mœurs ( 1785).

« Les hommes, pris individuellement, et même des peuples entiers, ne songent guère qu'en poursuivant leurs fins particulières en conformité avec leurs désirs personnels, et souvent au préjudice d'autrui, ils conspirent à leur insu au dessein de la nature ; dessein qu'eux-mêmes ignorent, mais dont ils travaillent, comme s'ils suivaient ici un fil conducteur, à favoriser la réalisation; le con-naîtraient-ils d'ailleurs qu'ils ne s'en soucieraient guère. Considérons les hommes tendant à réaliser leurs aspirations: ils ne suivent pas simplement leurs instincts comme les animaux; ils n'agissent pas non plus cependant comme des citoyens raisonnables du monde selon un plan déterminé dans ses grandes lignes. Aussi une histoire ordonnée (comme par exemple celle des abeilles ou des castors) ne semble pas possible en ce qui les concerne. On ne peut se défendre d'une certaine humeur, quand on regarde la présentation de leurs faits et gestes sur la grande scène du monde, et quand, de-ci de-là, à côté de quelques manifestations de sagesse pour des cas individuels, on ne voit en fin de compte dans l'ensemble qu'un tissu de folie, de vanité puérile, souvent aussi de méchanceté puérile et de soif de destruction. Si bien que, à la fin, on ne sait plus quel concept on doit se faire de notre espèce si infatuée de sa supériorité. Le philosophe ne peut tirer de là aucune autre indication que la suivante: puisqu'il lui est impossible de présupposer dans l'ensemble chez les hommes et dans le jeu de leur conduite le moindre dessein raisonnable personnel, il lui faut rechercher du moins Si l'on ne peut pas découvrir dans ce cours absurde des choses humaines un dessein de la nature: ceci rendrait du moins possible, à propos de créatures qui se conduisent sans suivre de plan personnel, une histoire conforme à un plan déterminé de la nature. » Kant in Idées d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique (1784).

  • II. Ensuite, Rousseau qui, lui, cherche à différencier l'homme de l'animal - par le truchement de la liberté humaine, de la justice (acquise) et du contrat social dans sa différenciation avec l’instinct animal (inné) :

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers (…) » (cf. texte1)

« Tout animal a des idées puisqu’il a des sens, il combine même ses idées jusqu’à un certain point, et l’homme ne diffère à cet égard de la bête que du plus au moins. Quelques philosophes ont même avancé qu’il y a plus de différence de tel homme à tel homme que de tel homme à telle bête; ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme : car la physique explique en quelque manière le mécanisme des sens et la formation des idées ; mais dans la puissance de vouloir ou plutôt de choisir, et dans le sentiment de cette puissance on ne trouve que des actes purement spirituels, dont on n’explique rien par les lois de la mécanique. » Rousseau in Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755).

« Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. C’est alors seulement que la voix du devoir succédant à l’impulsion physique et le droit à l’appétit, l’homme, qui jusque là n’avait regardé que lui-même, se voit forcé d’agir sur d’autres principes, et de consulter sa raison avant d’écouter ses penchants. Quoiqu’il se prive dans cet état de plusieurs avantages qu’il tient de la nature, il en regagne de si grands, ses facultés s’exercent et se développent, ses idées s’étendent, ses sentiments s’ennoblissent, son âme tout entière s’élève à tel point, que si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au dessous de celle dont il est sorti, il devrait bénir sans cesse l’instant heureux qui l’en arracha pour jamais, et qui, d’un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme. Réduisons toute cette balance à des termes faciles à comparer. Ce que l’homme perd par le contrat social, c’est sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre ; ce qu’il gagne, c’est la liberté civile et la propriété de tout ce qu’il possède. Pour ne pas se tromper dans ces compensations, il faut bien distinguer la liberté naturelle qui n’a pour bornes que les forces de l’individu, de la liberté civile qui est limitée par la volonté générale, et la possession qui n’est que l’effet de la force ou le droit du premier occupant, de la propriété qui ne peut être fondée que sur un titre positif. On pourrait sur ce qui précède ajouter à l’acquis de l’état civil la liberté morale, qui seule rend l’homme vraiment maître de lui ; car l’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. Mais je n’en ai déjà que trop dit sur cet article, et le sens philosophique du mot liberté n’est pas ici de mon sujet. » Rousseau in Du contrat social, Livre I, ch.VIII (1762)

« Si l’on recherche en quoi consiste précisément le plus grand bien de tous, qui doit être la fin de tout système de législation, on trouvera qu’il se réduit à ces deux objets principaux, la liberté, et l’égalité. La liberté, parce que toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de l’Etat ; l’égalité, parce que la liberté ne peut subsister sans elle. J’ai déjà dit ce que c’est que la liberté civile ; à l’égard de l’égalité, il ne faut pas entendre par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les mêmes, mais que, quant à la puissance, elle soit au dessous de toute violence et ne s’exerce jamais qu’en vertu du rang et des lois, et quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre : Ce qui suppose du côté des grands modération de biens et de crédit, et du côté des petits, modération d’avarice et de convoitise. Cette égalité, disent-ils, est une chimère de spéculation qui ne peut exister dans la pratique : Mais si l’abus est inévitable, s’ensuit-il qu’il ne faille pas au moins le régler ? C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir. » Rousseau in Du contrat social, Livre II, ch.XI (1762)

III. Enfin, bien après Kant pour qui l’homme est un être raisonnable et moral, Sartre, lui, fait appel à l'existentialisme et à la "philosophie de la liberté" car, pour ce dernier, "l'homme est condamné à être libre" – l’homme est homme dès l’instant ou son existence est définie comme le reflet d’un choix personnel : Il est ce qu’il fait car « l’existence précède l’essence » :

« L’homme est condamné à être libre, condamné parce qu’il ne s’est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait. » Sartre in L'existentialisme est un humanisme (1946).

« Dostoïevski avait écrit : " Si Dieu n'existait pas, tout serait permis ". C'est là le point de départ de l'existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n'existe pas, et par conséquent l'homme est délaissé, parce qu'il ne trouve ni en lui, ni hors de lui une possibilité de s'accrocher. Il ne trouve d'abord pas d'excuses. Si, en effet, l'existence précède l'essence, on ne pourra jamais expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée ; autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est liberté. Si, d'autre part, Dieu n'existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite. Ainsi, nous n'avons ni derrière nous, ni devant nous, dans le domaine lumineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuses. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde il est responsable de tout ce qu'il fait. L'existentialiste ne croit pas à la puissance de la passion. Il ne pensera jamais qu'une belle passion est un torrent dévastateur qui conduit fatalement l'homme à certains actes, et qui, par conséquent, est une excuse. Il pense que l'homme est responsable de sa passion. L'existentialiste ne pensera pas non plus que l'homme peut trouver un secours dans un signe donné, sur terre, qui l'orientera ; car il pense que l'homme déchiffre lui- même le signe comme il lui plaît. Il pense donc que l'homme, sans aucun appui et sans aucun secours, est condamné à chaque instant à inventer l'homme. »Sartre in L'existentialisme est un humanisme 1946).

Une Définition, Liberté ou illusion, Un fait ou un droit, Une valeur, Des enjeux.

« La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent. »

Montesquieu in De l’esprit des lois.

Quelle soit de fait, c’est-à-dire procédant de notre capacité à agir effectivement, « factuellement » (acte-action-indépendance-autonomie-responsabilité-choix), ou de droit, qui est déterminée, limitée par notre souveraineté, notre puissance d’agir (puissance-idée-pensée-conscience-volonté), la liberté est à la fois une notion a priori de la raison et l’expérience qui peut en découler ? Est-ce alors le fait de la nature ou celui d’une institution législative et civile ? En somme, l’homme est-il libre par nature ou doit-il le vouloir pour accéder à la liberté ? Kant, se fondant sur l’impératif catégorique « je dois, donc je puis », nous interroge à partir de la question : Puis-je savoir que je suis libre ? – Il répond par l’affirmative en indiquant le moyen : « par la loi morale » !

• La condition de cette liberté prend alors un double sens, celui d’une volonté et des moyens pouvant être mis en œuvre. Car il ne suffit d’avoir pensé sans contrainte, ni agi sans entrave, pour affirmer avoir agi librement. Suffirait-il d’une impulsion pour agir ? Autrement dit, vouloir agir et faire tel que nous l’avons voulu, serait-il la définition de la liberté ? Selon le libre arbitre, délibérer, décider et agir iraient alors de concert, en somme et, sans jamais douter de l’origine du choix et de la décision, la liberté n’aurait aucune cause extérieure ?

• Tout déterminisme, toute aliénation, ne serait alors que pure conjecture, pure apparence ; en tout cas, serait le fait de quelque « diktat », d’orientation et autre jugement persuasif à dessein [cf. repères : persuader-convaincre]. Mais la contrainte (de constringere, en latin, serrer) de l’homme sur l’homme, l’obligation (obligare, en latin, attacher ensemble par un lien), et le fait d’entraver la liberté d’agir ou d’agir sous la contrainte est-il naturel ou le fait de quelque civilité comme le pense Rousseau ? L’homme a-t-il toujours le choix ? N’a-t-il aucune obligation dans sa volonté ? Cette même volonté est-elle le propre de l’homme, trouve-t-elle son origine en l’homme ? – ou, comme le dit Schopenhauer, le « vouloir-vivre » ne dépend pas de lui.

• Parce que tous les hommes sont en effet libres d’agir comme ils l’entendent, que l’homme est par nature « insociable » (cf. « l’insociable sociabilité » kantienne) et que tous recherchent la même chose, qu’à l’état naturel « l’homme est un loup pour l’homme (barbarie), Hobbes (cf. comment contenir la multitude in le Léviathan) prône qu’il faille par conséquent qu’il existe, en société, un Etat au pouvoir absolu dans lequel un pacte restreint l’indépendance de chacun - afin de garantir la liberté de tous. Le « bon vouloir » de chacun doit alors se taire devant l’intérêt commun. La liberté naturelle doit être tenue en main par une puissance supérieure, par le corps social et par des lois légitimes, voire répressives (sujétion) respectées de tous.

Rousseau n’est pas de cet avis. L’auteur Du Contrat social, en effet, pense l’état de nature comme celui où les hommes sont bons (par nature) et c’est l’état civil qui pose problème. Il recherche alors les conditions d’une association politique, pérenne qui, sans sacrifier la liberté de ses membres, puisse permettre à l’homme de conserver sa tendance naturelle bienveillante à l’égard d’autrui. Il trouve alors la solution dans le concept de « volonté générale », où chaque homme doit alors confier ou céder sa souveraineté, remettre sa puissance individuelle à l’ensemble de la communauté humaine - par l’adhésion volontaire dans un contrat, chaque homme confie ainsi sa liberté à une construction unissant toutes les volontés particulières, naturelles, en une volonté générale, artificielle, où seul l’intérêt général est pris en compte.

Si enfin, c’est Kant qui, après Machiavel (au XVIe siècle), dit que « L’homme est un animal qui a besoin d’un maître, car il abuse à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables (…). », la différence entre Rousseau est Hobbes réside alors dans le fait que, si le second remet la souveraineté dans un homme (Monarchie), le premier, lui, décide de la confier à la totalité des hommes – et en tant que peuple souverain et indivisible (démocratie) [Kant, y voit même une idée d’universalité : concept onusien].

Pour Rousseau, tout gouvernement, tout élu, tout dirigeant est soumis à la même règle, et il doit respecter cette même volonté générale ! C’est ce dernier concept rousseauiste qui, aujourd’hui encore, depuis la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), inscrit la « volonté générale » dans l’Article. 6. « La Loi est l'expression de la volonté générale. »

Cette même déclaration déclare dès l’Article. 2. que : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. » et constitue, dans nos sociétés « modernes », le fondement de nos démocraties.

Mais enfin, si l’idée même de liberté n’est jamais aussi forte que lorsque l’on en est privée :

Les inégalités de richesses ne risquent-elles pas de corrompre l’égalité formelle du droit ?

Dans un monde où l’inégalité reste une réalité, cette liberté, acquise de haute lutte, peut-elle être réellement pérenne ?

La démocratie n’est-elle pas, encore, au delà du « bon » mot de Lincoln « le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple », selon Churchill, « le pire des régimes, après tous les autres » ?

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