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01 Mar

TS : Correction du sujet – DM1 – Introduction [après analyse] - du texte de Bachelard

Publié par Xavier Moreau  - Catégories :  #Corrections des devoirs

TS : Correction du sujet – DM1 – Introduction [après analyse] - du texte de Bachelard

Correction du sujet – DM1 – Introduction [après analyse] - du 23/02/2015 – TS.

Texte

« La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose absolument à l'opinion. S'il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l'opinion, c'est pour d'autres raisons que celles qui fondent l'opinion ; de sorte que l'opinion a, en droit, toujours tort. L'opinion pense mal; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l'opinion : il faut d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter.

Il ne suffirait pas, par exemple, de la rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu'on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes. C'est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit. »

BACHELARD, La Formation de l'Esprit Scientifique (1938), I, §1, p.14

Explication d’un texte extrait de « La formation de l’esprit scientifique »

  • Thématique : La science et l’opinion.
  • Mots-clefs (dans l’ordre d’apparition) : science, principe, opinion, particulier, raison-s, fonde-nt, en droit, pense, connaissance-s, objet-s, connaître, obstacle, morale, vulgaire-provisoire, esprit-scientifique-vie, questions, problèmes, véritable-esprit scientifique, réponse, etc.
  • Thèse : La science - dans l’idée qui associe désir [besoin] et origine [principe] – s’oppose (absolument) à l’opinion.

« Science » et « opinion » pouvant être ainsi définies :

La première, la science, étant la somme des c

La seconde, l’opinion - du mot grec doxa, étant la « Manière de penser sur un sujet ou un ensemble de sujets, jugement personnel que l'on porte sur une question, qui n'implique pas que ce jugement soit obligatoirement juste. » [cf CNRTL]

Partant de la définition de ces deux mots clefs, l’arrêt sur un présupposé immédiat peut éclairer notre réflexion. En l’occurrence doit-on opposer science et opinion ?

  • Problématique : Cette opposition hypothétique – amenée par l’auteur, lorsqu’il nous dit, je cite : « La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose absolument à l'opinion (…). » pose alors problème et induit le questionnement suivant :

Si la science – comme semble le penser l’auteur – ne se définie pas par ce qui n’est pas (absolu-ment) du ressort de l’opinion qui, elle, est relative et de l’ordre du factuel (du fait) - c’est-à-dire du savoir de chacun et du sujet qui « traduit des besoins en connaissances » (ligne 3 du texte) -, et qu’elle est comme nous l’avons défini plus haut la somme des connaissances , acquises de façon sûre - et certaine – alors cela veut-il dire qu’elles s’opposent ? La première, la science, parce qu’elle est fondée en droit. La seconde parce qu’elle est fondée en fait.

Notre problème serait le suivant : Science et opinion sont-ils ennemis à cause de leur opposition de principe ? Doit-on, radicalement, rejeter l’opinion parce qu’elle ne rendrait pas – suffisamment - compte de la réalité ? Autrement dit, le scientifique est-il le seul à avoir raison quand celui qui ne l’est pas aurait forcément tort ? (le scientifique contre le vulgaire).

C’est en tout cas ce que pense l’auteur lorsqu’il dit : « (…) l’opinion a, en droit, toujours tort (…) » (ligne 3).

  • Repères philosophiques : En droit/En fait
  • Corrélats : Expérience, connaissance, vérité, sens, droit, fait, vérification, observation, etc.

Définitions

Reprenant l’idée de l’auteur, le fait ne (peut) fonder - créer en donnant, en jetant les fondements (justifier) -, le droit, car ce dernier est, lui, rationnel et fait appel à la raison [nous avons déjà précédemment défini les termes]. Alors que le droit pose le sens, la valeur du fait. Ce dernier, quant à lui, « se contente » de sympathiser avec le donné empirique [voir définition] et l’expérience.

En d’autres termes, quand le fait décrit le réel, le droit l’explique et s’assure de la réalité à partir du questionnement (l’enquête) de l’expérience. Il recoupe les informations, les confronte, voire les oppose et les remet en doute. [Le scientifique part d’une théorie qu’il remet en doute et vérifie.]

Exemple1 : Un arbre (ou une chaise) appelle les sens, comme la vue (perception visuelle), le touché (tactile) ou l’odorat (olfactive), etc. [intuition, idée de l’arbre ou nom de l’arbre…] On peut dire alors qu’on a « le sentiment de connaître », de savoir qu’il s’agit d’un arbre et qu’on le connaît. On a l’expérience sensible de l’existence de l’arbre : C’est une vérité de fait.

Exemple2 : Reprenons maintenant ce même arbre. L’esprit (humain) - donc la RAISON -, rationnel cherche (enquête) à légitimer [Qui est conforme au droit positif (…) Qui est dicté, justifié, explicable par le bon droit, le bon sens, la raison. De la racine latine lex, lege qui implique l’idée de loi] l’existence de l’arbre, que la science par conséquent s’appliquera à définir précisément, méthodologiquement ; en vérifiant, recoupant, à construire le sens, la valeur (théorique et pratique) du réel, de la réalité de l’arbre en tant qu’arbre (qualité). Matière, essence, biologie, forme, cause, conséquence, substrat, etc. Cela permet d’accéder, alors, à : une vérité de droit.

En conséquence de quoi, si l’arbre peut (à la fois, concomitamment) exister factuellement (par le fait), que l’on par conséquent le donné de son existence sensible - par les sens - visiblement, l’opinion reste hypothétique et sujette à caution, à une interprétation subjective [la science n’interprète-t-elle pas elle aussi ?], voire intersubjective (plusieurs subjectivités, plusieurs sujets, plusieurs personnes). L’arbre est alors légitimé [ou pas] – comme nous le dit l’auteur – seulement si on peut réellement (positivement) le connaître. En outre, si « toute connaissance est une réponse à une question – s’il n’y a pas de question, il ne peut y avoir de connaissance scientifique. Rien ne va de soi (vérité de fait). Tout est construit (vérité de droit) ». (lignes 10 à 12 – fin) Il en va alors de l’objectivité [l’arbre pris comme ob-jet], de s’interroger sur la véracité ; de se questionner quant à la réalité des choses de ce monde [kosmos en grec] – des hommes. C’est du ressort, selon l’auteur, de la science et non de l’opinion [qui a tort] parce qu’elle se fie au monde sensible (des sens – cf. L’allégorie de la caverne de Platon, Livre VII de la République).

Conclusion

M. Bachelard nous exhorte alors à considérer l’opinion comme une croyance en quelque sorte, qu’il faut s’attacher à, sinon dépasser, au moins mettre en tension. Parce que l’opinion s’intéresse, sympathise avec « une vérité de fait », qui n’est pas, par conséquent, nous l’avons vu, en mesure de rendre suffisamment compte de la réalité. Parce qu’idéel (que dans l’idée) ou idéal (que dans l’imagination) et désirée, l’opinion ne répond pas aux exigences de la science. [Notion de Désir qui comble seulement un besoin individuel ou particulier et singulier]. Le désir de savoir pour l’opinion est le reflet que l’on a de quelque chose : un arbre, une chaise, le mirage et donc l’illusion de l’oasis que l’on ne parvient jamais à atteindre, etc. Pour autant les sens sont-ils inexorablement trompeurs ? En tout cas, la perception qui débouche, aboutit à l’opinion, selon l’auteur, est fausse et « l’opinion a tort » ! Il faut pour lui reconsidérer, mettre à l’épreuve et rationaliser, tout savoir empirique. Parce qu’il découle de l’expérience propre, du latin experiantia, l’ « épreuve » et tient compte du vécu et des leçons personnelles alors perfectibles. [Pour autant, cela voudrait-il dire que la science ne le serait pas ? Elle a pourtant cru longtemps au géocentrisme et ou à la relativité restreinte avant qu’elle ne découvre héliocentrisme et physique quantique ou principe d’indétermination, etc.]. La perception, la mémoire ou les habitudes de « la pensée vulgaire » (non scientifique), par le truchement de l’induction, de l’association, de la distinction ou encore de la comparaison, sont-elles uniquement du ressort de l’opinion, et de la subjectivité ? Se transformant qui, en préjugés ou en présupposés tenaces, l’opinion générale a-t-elle forcément toujours tort ? [Ne peut-elle faire l’objet d’enseignement, de transmission ?] Pour l’auteur, c’est sûr, du particulier au général, l’opinion est un frein à la science, car elle ne peut être « universalisée ». Il faut construire une connaissance indubitable et sûre (dans le sens de sécurité) pour s’assurer de ses fondements évidents (evidens en latin, qui veut dire indiscutables, manifestes et sans équivoque).

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