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05 Feb

Introduction "type Bac." de l'explication d'un texte philosophique

Publié par Xavier Moreau  - Catégories :  #OUTILS DE LA PENSEE

Introduction "type Bac." de l'explication d'un texte philosophique

L'introduction d'une explication d'un texte philosophique -

avec Alain in Propos sur les pouvoirs - chapitre : Le libre jugement

Introduction.

« Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit » est la thèse que soutient le philosophe « Alain » – de son vrai nom Emile-Auguste Chartier – dans ce court texte extrait du chapitre : Le libre Jugement, in Propos sur les pouvoirs. Par ses mots, manifestement, l’auteur conditionne toute réflexion à l’exercice du doute, comme préalable au jugement critique. C’est-à-dire qu’il exprime clairement l’idée qu’il faille – pour toute réelle réflexion –, remettre systématiquement en cause toute croyance a priori. Autrement dit, il nous exhorte à « nier » toute chose, et donc à mettre en doute toute croyance, tout raccourci de la pensée.

Mais alors cela pourrait-il, par exemple, inclure le fait religieux ? Ou plutôt veut-il simplement dire par là qu’il faut en général, pour l’exercice de la réflexion, en passer par le doute ? Ainsi, éviter tout présupposé qui pourrait se traduire par un préjugé ; par exemple en s’interdisant de suivre – souvent par confort – certains raccourcis malheureux de la pensée qui peuvent parfois admettre lieux-communs et opinion en général.

Dès l’abord, le thème du texte peut nous éclairer sur ce sujet. En l’occurrence, dès la lecture du titre de son livre et du chapitre concerné. En effet, tout d’abord : « Le libre Jugement », in Propos sur les pouvoirs, nous indique qu’il est question à la fois de liberté [libre] dans le jugement et de « pouvoirs », donc de puissance, voire d’autorité, de capacité et de choix.

Pourrions-nous alors nous risquer à lier, à réunir ces deux mots pour formuler une phrase en vue de proposer des idées, des pistes de réflexion qui nous permettrait de déboucher sur des enjeux essentiels ; comme par exemple : Le-s pouvoir-s du jugement pour être libre », ou encore : La liberté, c’est pouvoir juger librement, etc.

En effet, semblent se dessiner de réels enjeux, tout à la fois d’ordre philosophique, mais aussi politique et relatif à la vie en société où l’homme, considéré dans sa singularité, pourrait ou même aurait le devoir d’œuvrer comme acteur responsable, et donc serait conscient de sa responsabilité.

Se pose alors à nous le problème suivant : la notion de « liberté », prise en général, et la « liberté de penser » en particulier, peut-elle jouer un rôle, sinon essentiel au moins important dans les rapports politiques ? En ce cas, comment en user raisonnablement et dans quel dessein ? Alain nous éclaire sur le sujet.

Afin d’en mieux juger, et d’examiner ainsi la valeur de ces deux hypothèses, nous suivrons donc le fil du texte et de la pensée de l’auteur de façon linéaire ; le plan de notre explication de cet extrait pouvant alors être délimité par deux moments successifs forts : l’auteur voulant justifier la « condition du doute » dans un premier mouvement, ce qui lui permet en suivant « d’affirmer sa thèse » dans le second.

Rappel du texte à expliquer :

« Le doute est le sel de l’esprit ; sans la pointe du doute, toutes les connaissances sont bientôt pourries. J’entends aussi bien les connaissances les mieux fondées et les plus raisonnables. Douter quand on s’aperçoit qu’on s’est trompé ou que l’on a été trompé, ce n’est pas difficile ; je voudrais même dire que cela n’avance guère (…) Le vrai c’est qu’il ne faut jamais croire, et qu’il faut examiner toujours. L’incrédulité n’a pas encore donné sa mesure. Croire est agréable. C’est une ivresse dont il faut se priver. Ou alors dites adieu à liberté, à justice, à paix. Il est naturel et délicieux de croire que la République nous donnera tous ces biens ; ou, si la République ne peut, on veut croire que Coopération, Socialisme, Communisme ou quelque autre constitution nous permettra de nous fier au jugement d’autrui, enfin de dormir les yeux ouverts comme font les bêtes. Mais non. La fonction de penser ne se délègue point. Dès que la tête humaine reprend son antique mouvement de haut en bas, pour dire oui, aussitôt les rois reviennent. (…) Penser, c’est dire non. Remarquez que le signe du oui est d’un homme qui s’endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur ? Ce n’est que l’apparence. En tous ces cas-là c’est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l’heureux acquiescement. Elle se sépare d’elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n’y a pas au monde d’autre combat. Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c’est que je consens, c’est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c’est que je respecte au lieu d’examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit. Qui croit seulement ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien. Je le dis aussi bien pour les choses qui nous entourent. Qu’est-ce que je vois en ouvrant les yeux ? Qu’est-ce que je verrais si je devais tout croire ? En vérité, une sorte de bariolage et comme une tapisserie incompréhensible. Mais c’est en m’interrogeant sur chaque chose que je la vois.»

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